Elle est la fille d'une Française et d'un Germano-autrichien, est née le 27 janvier 1977 à Munich, mais a surtout grandi en France : la skipper de "MACSF" Isabelle Joschke fait actuellement sensation dans le Vendée Globe. Cette femme de 43 ans, qui a étudié les lettres classiques à Paris, s'est hissée dans le top cinq à force de persévérance, de bon positionnement et de beaucoup de combativité. Elle a appris à naviguer en optimiste sur les lacs autrichiens. Elle est devenue la skipper la plus performante du Vendée Globe depuis l'abandon de Samantha Davies lors de sa première participation à l'âge de 43 ans.
Deux ans seulement après avoir découvert sa passion pour la voile hauturière à la célèbre école de voile des Glénans, fondée en 1947, Joschke remportait déjà le Mini-Fastnet avec Franck Cammas, le navigateur français de la décennie. Certes, les grands triomphes n'ont pas encore eu lieu, mais Joschke s'est montrée persévérante même après des revers, ce qui est l'une de ses meilleures qualités. Les observateurs reconnaissent en outre à cette navigatrice gracile une grande détermination et de fortes qualités de management. Son travail porte aujourd'hui ses fruits, après un départ du Vendée Globe plutôt timide et la résolution épuisante d'une série de problèmes techniques à environ 2000 milles nautiques du passage du Cap Horn.
La veille de sa récente remontée au classement à la cinquième place, Joschke von See avait raconté : "Les écarts de temps évoluent si rapidement d'un jour à l'autre que rien n'est gravé dans la pierre ! Je ne suis plus synchrone. Alors que j'ai si froid, je n'attends plus d'avoir faim pour manger. Cela dépend plutôt de comment je me sens, parce qu'il n'y a plus vraiment de notion de petit déjeuner ou de dîner. Je fais tout comme je me sens. Et j'essaie de laisser l'estomac se reposer pendant la nuit. Il n'y a vraiment aucun risque de grossir ici, compte tenu du froid que j'ai ; je crois que je perds plutôt des calories ! En plus, il y a l'activité physique à bord : même dans les petits airs, il y a des manœuvres à faire. Il y a toujours quelque chose à faire à bord".
Joschke est justement une forte figure de proue de l'association Horixon Mixité qu'elle a cofondée et avec laquelle elle souhaite promouvoir l'égalité des sexes. Elle se mêle au groupe de tête de cette édition du Vendée Globe avec son design Verdier-VPLP modifié sur foils sous le numéro de voile FRA 27, tout en restant respectueuse du matériel. "Nous avons tous eu des moments de frayeur dans cette course", racontait Joschke peu avant Noël, "quand 20 nœuds de vent se transforment soudain en 40 et que le bateau n'est tout simplement pas prêt pour cela... Cela a des conséquences sur une voile, une écoute, la charge d'une barre de flèche... Par ces températures, ce sont de véritables épreuves. Le vent commence à faiblir. Dans ces conditions, je vais naviguer au sud autour de l'anticyclone, dans des conditions de vent portants pas trop fortes". Jusqu'à présent, Joschke s'est fortement acquittée de cette tâche partielle en faisant route vers le Cap Horn. Elle le savait déjà avant Noël : "Les prévisions météo sont plutôt douces pour les dix prochains jours. Tactiquement, ce ne sera pas facile. Ce n'est jamais facile de choisir le bon cap dans des vents instables". Elle y est toutefois parvenue à merveille ces derniers temps.
Yannick Bestaven reste le leader de ce 50e jour de mer et a réussi à creuser un peu plus son avance sur Charlie Dalin, le jour de son 48e anniversaire, à près de 90 milles. Le skipper de "Maître Coq IV" s'est une fois de plus bien positionné par rapport à la dépression attendue, qui a délivré le groupe de tête de son lent poker tactique de calme après près de 1500 milles. Lundi matin, Bestaven naviguait au vent le long de la limite des glaces à environ 53° de latitude sud. Isabelle Josche avait alors près de 350 milles de retard sur son compatriote - tout comme Jean Le Cam ("Yes We Cam") et Boris Herrmann ("Seaexplorer - Yacht Club de Monaco"). Le Français de 61 ans et l'Allemand de 39 ans ont poursuivi leur duel passionnant, presque à égalité avec Joschke, le 28 décembre. Après 50 jours de mer, le duo était séparé par un minuscule dixième de mille nautique ! En quatrième position, juste avant le passage de la longitude de Point Nemo, Damien Seguin n'avait plus qu'une cinquantaine de milles de retard sur le troisième, Thomas Ruyant.
La mission de Boris Herrmann n'a pas changé : "Je veux atteindre le Cap Horn en un seul morceau. Pour l'instant, mon bateau est à 100 %. On ne peut probablement pas en dire autant de beaucoup d'autres bateaux. Passons donc cette semaine sans perdre trop de milles, mais certainement sans casse. S'il vous plaît !" Herrmann était également disposé à faire de petites blagues, même s'il se sentait "mentalement un peu fatigué" : "Certains d'entre vous doivent peut-être retourner travailler aujourd'hui, lundi. Comment vous sentez-vous ? Eh bien, je ne rentrerai du travail que fin janvier... Le dernier vainqueur du Vendée Globe a mis 27 jours pour rallier le Cap Horn au port d'arrivée des Sables-d'Olonne. C'est ce que j'espère aussi. Cela ferait un total de 84 jours et une arrivée le 30 janvier. C'est l'hypothèse retenue. Je regarde au jour le jour". De sa rencontre imminente avec la dépression, Herrmann s'attend à des "rafales pouvant atteindre 45 nœuds" et a déclaré : "Je vous raconterai demain comment cela s'est passé".
Le skipper hambourgeois parle des contrastes quotidiens de la course vers le Cap Horn et de la force psychologique nécessaire pour y parvenir.

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