Pascal Schürmann
· 25.06.2026
La filiale française du groupe logistique allemand DHL Global Forwarding France a conclu un partenariat stratégique avec la start-up française de transport maritime Vela. À partir de début 2027, l'objectif est de transporter des marchandises à travers l'Atlantique à bord de trimarans de fret, dans des conditions quasi sans émissions. La liaison reliera Caen-Ouistreham, en Normandie, à New Haven, dans l'État américain du Connecticut.
Chacun de ces navires, longs de 67 mètres, peut transporter 600 europalettes ou 415 tonnes de fret. La traversée est estimée à 15 jours de port à port ; les porte-conteneurs conventionnels mettent environ neuf jours, tandis que le fret aérien ne prend que huit heures.
Les projets de voiliers de transport connaissent un véritable essor. Voici un aperçu de ce qui est prévu :
Vela affirme réduire les émissions de gaz à effet de serre jusqu'à 99 % par rapport au fret aérien et jusqu'à 90 % par rapport au fret maritime conventionnel. L'offre s'adresse en particulier aux entreprises des secteurs pharmaceutique, des produits de luxe, des cosmétiques, de l'aéronautique, ainsi que du vin et des spiritueux.
Lors de la traversée transatlantique, les trimarans Vela utilisent le vent comme principale source de propulsion. À bord, un système de réfrigération spécial permet en outre de garantir que les denrées périssables résistent au transport sans subir de dommages. Le système de réfrigération doit fonctionner principalement grâce à des sources d'énergie renouvelables embarquées.
Le transport maritime représente environ 90 % du commerce mondial et est à l'origine de près de 3 % des émissions mondiales de CO₂, de 13 % des émissions de soufre et de 30 % des émissions d'oxydes d'azote. L'Organisation maritime internationale a fixé en 2023 l'objectif selon lequel les navires devront être neutres en carbone d'ici 2050.
Dans les ports, les navires doivent respecter les règles maritimes habituelles, c'est-à-dire manœuvrer à la force des moteurs. Pour cela, on utilise principalement l'électricité produite par des panneaux solaires et des hydrogénérateurs, puis stockée dans des batteries. Le diesel marin sert de solution de secours. Par ailleurs, lors de la conception, on a renoncé aux citernes de ballast, notamment afin d’éliminer les risques environnementaux liés aux espèces envahissantes.
« En associant les trimarans de fret 100 % éoliens de Vela à l’expertise logistique et douanière de premier ordre de DHL, nous proposons une alternative conçue pour réduire considérablement les émissions dans le secteur des transports, sans faire de compromis sur la sécurité, fiabilité ni qualité », explique l’entreprise. DHL se charge de l’organisation du transport, du pré- et post-acheminement, des formalités douanières, du stockage et d’autres services logistiques. Vela apporte la solution maritime.
L'itinéraire privilégie délibérément les ports secondaires plutôt que les grands hubs. Caen-Ouistreham et New Haven sont situés à l'écart des principaux axes de circulation. Cela permet de réduire les embouteillages, de minimiser les opérations de transbordement et de renforcer le contrôle opérationnel. Ces ports sont certifiés ISPS et spécialisés dans les marchandises de grande valeur. Des options de sécurité étendues et une traçabilité au niveau des palettes sont proposées aux clients exigeants.
Laurent Terreyre, PDG de DHL Global Forwarding France, déclare : « En tant qu’acteur de premier plan dans le secteur de la logistique mondiale, DHL s’efforce de soutenir la décarbonisation des transports et d’élargir son offre à ses clients. Ce partenariat avec Vela constitue une avancée concrète dans cette direction et nous permet d’intégrer à notre offre une option d’expédition dédiée, ancrée localement et alimentée par l’énergie éolienne. »
Le trimaran Vela mesure 67 mètres de long et 25 mètres de large. Ses deux mâts s'élèvent à 61 mètres de hauteur, ce qui permet au bateau de passer sous les ponts de New York. Sa vitesse moyenne est de 14 nœuds sur la route transatlantique. La surface de voilure s'élève à 623 mètres carrés. La production d'électricité est assurée par 240 mètres carrés de panneaux solaires et deux hydrogénérateurs.
Le choix s'est porté sur un trimaran, car les multicoques présentent un tirant d'eau plus faible et donc une résistance à l'eau moindre que les monocoques. La configuration à deux mâts répartit la surface de voile, ce qui simplifie sa manœuvrabilité. La structure en aluminium permet de limiter le poids du bateau et d'atteindre une vitesse plus élevée.
Vela a été fondée par cinq fondateurs, dont François Gabart. Ce navigateur professionnel a remporté le Vendée Globe 2012/2013. La conception des trimarans a été réalisée en collaboration avec VPLP et MerConcept, deux spécialistes de premier plan dans le domaine de la course au large.
L'évolution actuelle des prix du pétrole rend la propulsion éolienne gratuite d'autant plus intéressante. D'autres concepts utilisent des cerfs-volants, des voiles rigides ou des rotors Flettner, mais généralement comme systèmes de propulsion auxiliaires. Vela mise sur le vent comme source de propulsion principale.
Les trimarans ne traverseront pas l'Atlantique par la route la plus directe ; leur itinéraire variera en fonction des conditions de vent. Le calcul de l'itinéraire en temps réel, indispensable à cet effet, est assuré par l'équipe Vela en partenariat avec MerConcept.
Le premier trimaran Vela destiné à DHL devrait entrer en service début 2027. Un an plus tard, cinq navires devraient déjà assurer la liaison transatlantique et permettre des départs hebdomadaires. La capacité visée est de 48 000 tonnes de fret par an.
Que pensez-vous de ce projet ? Nous avons hâte de connaître votre avis. N'hésitez pas à nous le faire savoir dans les commentaires.

Chef de texte YACHT