Tatjana Pokorny
· 17.08.2022
Le 21 août, le coup d'envoi de la 53e édition de la Solitaire du Figaro sera donné sur le plan d'eau de la commune française de Saint-Michel-Chef-Chef, en Loire-Atlantique. Depuis 2019, La Solitaire du Figaro se court sur des bateaux OneDesign de type Figaro Beneteau 3 équipés de foils. La première étape se déroule officiellement de Nantes à Port-la-Forêt (644 milles nautiques), la deuxième continue vers Royan (635 milles nautiques), la troisième vers Saint-Nazaire (700 milles nautiques). Pour la première fois, deux skippers allemands, Sanni Beucke, nouveau venu dans le Figaro, et Jörg Riechers, professionnel de la voile, seront présents parmi les 34 participants. Aucun des deux ne pense avoir des chances de gagner. La motivation de départ est différente pour chacun d'entre eux, mais elle implique dans tous les cas la volonté d'apprendre, de s'entraîner et de progresser.
Après avoir remporté l'argent olympique en 49er FX l'été dernier au Japon, Sanni Beucke s'est reconvertie cette année dans la voile. Le 3 février de cette année, elle a navigué pour la première fois sur son Figaro affrété. Depuis, Beucke s'entraîne à Lorient, en Bretagne. Elle déclare : "J'ai hâte de participer à cette course, mais j'ai aussi beaucoup de respect. Tous ceux à qui j'ai parlé m'ont assuré que cette course est addictive". A 31 ans, la championne d'Europe de 49er FX en double ose sa campagne "This race is female".
La semaine dernière, elle a encore amélioré son bateau "Giraffon" - identifié via AIS comme "Giraffon Solo Sailor" pendant la course du Figaro - avec de nouvelles voiles de régate françaises arrivées en retard. Avec sa nouvelle équipière de shore Ronja Schomaker, la nouvelle navigatrice se prépare pour sa première Solitaire du Figaro. Elle s'est récemment séparée de son préparateur français, qui n'était pas à la hauteur de ses exigences en matière de dévouement, de précision et de plein régime. "C'était peut-être aussi un peu un choc des cultures", dit-elle pensivement. Ronja Schomaker est une navigatrice de loisir engagée, originaire de l'Oberberg, qui a elle-même des projets de transatlantique. Elle a répondu à l'appel de Beucke sur Instagram et soutient désormais la skipper de Strande à terre. Les deux femmes ont ainsi donné un nouveau signal pour la campagne "This race is female".
Sanni Beucke sait très bien qu'en tant que débutante en Figaro, elle n'a pas encore de chance d'occuper l'une des premières places. Elle cite la phrase de son co-promoteur Marcus Hutchinson, qui lui a donné ce conseil lors de ses débuts : "La classe Figaro est extrêmement exigeante. Ta première année est pour regarder et apprendre, ta deuxième pour acquérir les qualités requises, ta troisième pour performer".
Beucke a assimilé cette feuille de route, elle savait dès le départ qu'elle devait se préparer à un parcours long et épineux, avec des résultats en demi-teinte. Elle investit ce temps pour l'objectif lointain d'une participation au Vendée-Globe en 2028. Pour cela, elle s'entraîne avec le groupe Lorient Grand Large et le coach Bertrand Pacé. Elle s'accommode "terriblement bien" des places de retrait qu'elle a déjà obtenues lors de ses premières participations à des régates. Elle déclare : "J'ai remporté l'argent olympique il y a un an. En cours de route, j'ai appris que le fait de ne pas être bonne fait partie de l'évolution. Je sais qu'au bout d'un long chemin, il peut y avoir une récompense. Je suis doué pour voir cela comme un processus". Le partenaire d'équipe DB Schenker veut suivre ce chemin avec elle. La navigatrice ambitieuse de Strande, qui court pour le Norddeutscher Regatta Verein, ne manque pas de soutien.
Le professionnel hambourgeois Jörg Riechers envisage sa première en Figaro sur "Alva Yachts" d'une manière un peu différente : il veut continuer à aiguiser ses compétences déjà très développées, avec en ligne de mire une participation au Vendée Globe en 2024. Riechers a souvent prouvé ses excellentes qualités de solitaire en se classant parmi les meilleurs lors de grandes régates au cours des trois dernières décennies. Cependant, la voile en Figaro représente un tout autre défi. Riechers explique : "Dans la classe Figaro, la vitesse est une pièce très importante du puzzle. En théorie, je peux faire partie du top 10. Mais c'est encore autre chose de réussir à assembler correctement toutes les pièces du puzzle dans cette classe complexe. Je n'y arrive pas encore tout à fait, mais j'y travaille. Il faut du temps pour arriver en tête. Avant cela, tu ne joues pas devant comme un Tom Laperche ou les deux ou trois autres qui peuvent lui arriver à la cheville et peut-être l'attaquer lors de la course à venir. La classe Figaro est la classe la plus exigeante en termes de performances. Celui qui est vraiment bon ici peut ensuite dominer la Class 40 par exemple".
C'est donc avec respect que Jörg Riechers, qui connaît toutes les ficelles du métier, s'est fixé comme objectif minimal le top 20 pour sa Solitaire-du-Figaro. "Le reste, on verra bien. C'est une course contre la montre. On ne peut pas sous-performer fortement l'une des trois étapes. Ce n'est pas un problème de finir 25ème si le retard est faible. Mais on peut facilement laisser passer six heures sur une étape, comme la deuxième par exemple, quand on arrive dans l'estuaire de la Gironde après la marée. Cela se produit alors juste avant de franchir la ligne d'arrivée et c'est extrêmement difficile mentalement. Ici, à partir du moment où tu commences à douter de tes capacités, tu commences à perdre et tu n'es plus qu'un morceau de pain grillé. Nous avons affaire à trois étapes de 635 à 700 milles nautiques chacune. Il faudra faire preuve de stratégie, de tactique et d'endurance".
Les pauses d'environ trois jours entre les courses n'accordent que peu de temps de récupération aux solistes. "Tu dois faire très attention lorsque tu arrives dans la zone rouge", dit Riechers avec l'expérience d'autres courses. "Une fois que tu y es, la descente peut se poursuivre rapidement. Il faut aussi savoir exactement où prendre des risques calculés sur ce parcours. Et où ne pas le faire. Si tu oses une échappée et que les 34 autres ne le font pas, alors, vu la qualité de cette flotte, tu es très probablement sur le mauvais bateau". Mais il peut aussi en être autrement. Riechers rappelle que Nico Troussel a même gagné deux fois un Figaro grâce à des échappées.
Depuis 1970, La Solitaire du Figaro marque un temps fort dans la voile solo française. La classe est considérée comme l'école de formation la plus dure pour les meilleurs français, qui ont désormais de plus en plus de concurrence internationale. Jamais auparavant dans l'histoire de la course deux concurrents allemands n'avaient pris le départ en même temps. Arriver à bon port reste pour l'instant l'objectif minimal de Sanni Beucke sur son parcours. Riechers veut un peu plus : "Pour des raisons de fierté, je n'aimerais pas terminer la course dans les dix derniers. A la fin, j'aimerais avoir le sentiment d'avoir disputé un bon Figaro". Contrairement à d'autres grandes courses au large, les solistes accordent une grande importance au départ du Figaro, malgré le parcours marathon qui suit. Beucke déclare : "Il faut être à fond dès le départ. Je n'aurais jamais pensé à cela sur un parcours aussi long. Tu dois prendre le départ de manière aussi conséquente que lors d'une courte Fleetrace, car il détermine d'emblée ton positionnement pour les heures à venir, sur lequel tu construiras ensuite". Des infos sur La Solitaire du Figaro sont disponibles ici. Et ici, il y a un Clip Figaro pour se réjouir du départ de dimanche prochain.

Reporter sport