Tatjana Pokorny
· 15.04.2021
La joie des régatiers de quillards du monde entier a été grande lorsque la Fédération Internationale de Voile a choisi la nouvelle discipline de la course au large mixte 2019 sur sa liste pour le futur programme olympique de voile 2024. La voile en équipage mixte de deux personnes, voilà qui semblait nouveau, passionnant, tourné vers l'avenir et excitant. Alors que les opposants continuaient à invoquer des coûts trop élevés et d'autres facteurs de risque après le vote, les fans de course au large se réjouissaient de l'opportunité qui se présentait à l'horizon olympique. De nombreuses fédérations nationales se sont lancées dans des investissements et des mesures d'entraînement dès la première année difficile de la pandémie en 2020. C'est le cas de la Fédération allemande de voile (DSV), qui a investi ses propres fonds et s'est lancée. Des athlètes intéressés se sont constitués en équipes partout dans le monde. Parmi eux, d'éminents athlètes olympiques comme la double médaillée d'or Shirley Robertson avec le navigateur mondial Henry Bomby et la navigatrice mondiale française Marie Riou, qui a remporté le championnat d'Europe 2020 avec Benjamin Schwartz. Le sextuple champion du monde espagnol et entraîneur olympique Guillermo Altadill et les premiers champions d'Europe autrichiens de 2019, Christian Kargl et Lisa Berger, ont également navigué directement sur le parcours de la course au large mixte.
Tous les participants savaient que la proposition de discipline d'une fédération internationale comme World Sailing nécessitait le feu vert du Comité international olympique (CIO) avant d'être définitivement intégrée au programme olympique. A quelques exceptions près, le CIO a toujours suivi les propositions des associations faîtières par le passé. Cette fois-ci, l'issue pourrait être différente. Les partisans de la mixité offshore doivent craindre, après la première année active, une première espérée lors de la première olympique de 2024 au large de Marseille. Cela s'était déjà annoncé le 7 décembre 2020, lorsque la commission exécutive du CIO avait certes approuvé sans problème les autres nouvelles propositions de voile (dériveur mixte à deux personnes/470 et kiteboard mixte), mais avait marqué d'un point d'interrogation la nouvelle introduction de la discipline du quillard mixte offshore et annoncé un examen plus approfondi. Et celui-ci est toujours en cours. En conséquence, la décision du CIO a été reportée au 31 mai 2021 au plus tard.
Une lettre adressée le 12 avril par le directeur sportif du CIO, Kit McConnell, au nouveau président de World Sailing, Quanhai Li, suscite encore plus d'inquiétude dans le camp des fans de voile. Selon un rapport du journaliste néo-zélandais Richard Gladwell paru dans le magazine "Sail World", il y est question de "défis" qui ont été au centre de l'examen commandé par la Commission du programme olympique. Ces "défis" sont "la sécurité sur le terrain, l'ampleur et la complexité", "les coûts de transmission et la complexité" ainsi que "l'impossibilité pour World Sailing de fournir un championnat du monde".
Selon Gladwell, la lettre du CIO indique que, bien que l'examen soit toujours en cours, la Fédération internationale de voile est invitée à proposer une ou plusieurs alternatives pour la dixième discipline olympique de voile. Cette partie de la lettre devrait tirer la sonnette d'alarme chez les partisans de la course au large mixte. Elle sonne comme plus que le début de la fin. Et cette déclaration est même accompagnée d'un avertissement, si l'on en croit la citation de Gladwell tirée de la lettre. On peut y lire : "La proposition (réd. : d'alternatives) est cruciale pour garantir que - quelle que soit l'issue de l'évaluation de l'offshore - le conseil exécutif du CIO puisse finaliser le programme de voile lors de sa réunion du 8 juin 2021, en même temps que d'autres décisions en suspens concernant des disciplines et des formats dans d'autres sports pour les Jeux olympiques de Paris 2024".
L'invitation peut être interprétée comme claire : Donnez-nous des alternatives, sinon vous risquez de perdre votre dixième discipline. La Fédération internationale de voile se trouve ainsi dans une situation très inconfortable. Ceux qui connaissent les efforts visant à réduire les coûts et le nombre d'athlètes aux Jeux olympiques peuvent imaginer l'ampleur du danger pour la voile. En 2012, 380 navigateurs étaient encore engagés aux Jeux olympiques en Angleterre. Cet été, ils seront 350 (175 hommes, 175 femmes) et en 2024, ils ne seront plus que 330. World Sailing a jusqu'au 26 mai pour trouver les bonnes réponses afin de se défendre au mieux. Ce qui n'est pas une mince affaire en ces temps de pandémie. Les critères fondamentaux fixés par le CIO montrent clairement que cette voie ne peut être empruntée que par le passé. Par exemple, la condition selon laquelle la (les) alternative(s) doit (doivent) avoir été testée(s) lors d'un championnat du monde organisé par World Sailing. World Sailing n'est toutefois pas responsable de l'impossibilité d'organiser un tel championnat du monde pour la nouvelle discipline du mixte au large en période de pandémie.
Les navigateurs finlandais, éliminés sous les protestations de nombreuses personnalités, n'entreraient en ligne de compte pour un retour que de manière théorique. Certes, les athlètes de voile pesant plus de 85 kilos auraient à nouveau la possibilité de participer, mais leur retour mettrait en péril la parité hommes/femmes atteinte l'été prochain - un autre objectif déclaré du CIO. Le nouveau président de World Sailing, Quanhai Li, le manager général David Graham, qui ne sera lui aussi nommé qu'en 2020, et les fédérations nationales membres sont fortement sollicités.

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