Christian Tiedt
· 25.12.2024
Environ une heure avant la marée haute, nous quittons la Victoria Marina en passant par le Sill, et donc Guernesey. On a déjà l’impression que le voyage touche à sa fin, car Aurigny est la dernière des îles Anglo-Normandes. Ensuite, il ne restera plus qu’à traverser la Manche. Dès demain, nous mettrons le cap sur les Needles et le Solent ; deux jours plus tard, nous comptons arriver à Portsmouth. Et malgré les conditions météorologiques difficiles de cette traversée, le temps devrait enfin s'améliorer.
Mais là où nous avons vraiment eu de la chance, c'est au niveau des horaires des marées. La marée s'est toujours déroulée de telle sorte que nous pouvions commencer nos journées en mer en toute tranquillité, plutôt qu'à l'aube ou si tard dans l'après-midi que nous n'aurions plus rien pu profiter de notre lieu d'arrivée. La plupart du temps, nous partions vers 9 heures, parfois même plus tard. Aujourd’hui, il est neuf heures et quart, on ne peut donc pas se plaindre. La première demi-heure est néanmoins agitée, car le vent du sud-ouest souffle à contre-courant. Mais la mer s’apaise rapidement et nous profitons pour la toute première fois d’une traversée relativement tranquille.
Alderney est visible tout au long du trajet ; la distance ne dépasse guère les 15 milles marins entre la sortie du Little Russel, le passage entre Guernesey et Herm, et l'entrée dans The Swinge, qui sépare Alderney de la petite île de Barhou. Jusqu’ici, nous avons navigué en ligne droite vers le nord-est ; désormais, notre cap est parallèle à la côte nord d’Aurigny, mais nous traversons à nouveau des vagues stationnaires impressionnantes, même dans ces conditions.
La longue jetée du port de Braye commence ici et, à son extrémité, nous contournons la pointe de l'imposant mur et pénétrons dans la baie, nettement plus calme. Suivant les conseils d'un Américain rencontré à Saint Peter Port, nous cherchons une bouée à l'abri de la brise-lames (ce sera le numéro 17) entre un yacht norvégien et un yacht belge, et nous attendons le capitaine du port, qui arrive bientôt dans son bateau pour percevoir les droits d'amarrage.
On met alors le canot à l'eau, car la première grande éclaircie s'annonce. Heureusement, il y a ici un véritable quai pour canots pneumatiques près de la jetée flottante. En haut, le quai de fret, quelques conteneurs décolorés par le soleil, des jeunes à vélo, des palmiers qui se courbent sous le vent, même s’il s’agit de petits spécimens. La boîte aux lettres de la douanes. Les formalités douanières se font selon le principe de confiance, qui ne s'applique toutefois pas à notre cas, puisque l'île d'Alderney dépend administrativement de Guernesey – d'où nous venons justement. On y cultive néanmoins son autonomie, même avec à peine 2 000 habitants.
Notre petit groupe de trois se disperse. Je passe devant le fort et le port intérieur, où un cotre aux couleurs d’abeille est échoué contre la haute digue, puis je reviens sur mes pas et traverse la rue Braye, haute en couleur, avant de m’enfoncer dans les dunes et de rejoindre la plage. Enfin du sable entre les orteils ! Les rares vacanciers se fondent dans la vaste courbe de la plage, l’eau de la baie brille d’un turquoise éclatant. Alderney donne déjà une impression nettement plus « caribéenne » – ou du moins plus méridionale – que les îles visitées jusqu’à présent. Quelle différence que ce petit rayon de soleil !
Si l'ambiance y est de toute façon plus détendue, cela tient bien sûr non seulement à sa situation périphérique au bord du canal, mais aussi à sa taille humaine : avec une superficie d'environ huit kilomètres carrés, Alderney mesure environ cinq kilomètres de long et environ la moitié en largeur. La nature occupe la majeure partie de l’espace ; la diversité des paysages est immense et va des falaises abruptes aux plages en pente douce. Cette taille compacte permet aux visiteurs venus par leurs propres moyens d’explorer facilement l’île à pied ou à vélo, et de découvrir ainsi les environs. On tombe ainsi régulièrement sur des fortifications, du fort victorien au bunker du Mur de l’Atlantique, de petites forêts et des maisons blanches isolées – ainsi que sur les rails du train de l’île.
Au bout d'une heure merveilleuse, mon portable sonne : le skipper est assis non loin de là, sur la terrasse de The Moorings, un bar de plage avec vue sur la plage, et il m'a repéré. Un quart d’heure plus tard, l’équipage est à nouveau au complet, l’ambiance est très détendue : musique lounge, mobilier clair, bière brune – de la Guinness. Notre troisième homme demande au barman la centre-ville. Il se contente d’en rire. La ville ? « Vous ne trouverez pas mieux qu’ici », dit-il. Un argument marketing plutôt convaincant, à notre avis. C’est ainsi que se dessine le programme de notre dernière soirée sur les îles Anglo-normandes – Jersey, Guernesey, Herm et Aurigny –, une fois de plus face à la mer. Une région exceptionnelle.

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