Andreas Fritsch
· 28.01.2024
Avant le départ, Charles Caudrelier était encore sceptique. Interrogé sur la question de savoir si le record allait tomber, il était plutôt sûr, dans l'interview de YACHT, que le temps record du tour du monde en solitaire sans escale le plus rapide, établi par François Gabart en 2017, ne pourrait pas être battu :
Je pense que c'est très improbable. Comme nous avons une date de départ fixe, la météo ne sera pas idéale pour traverser l'équateur et rejoindre l'océan Austral le plus rapidement possible. Lors de notre dernière tentative de Jules Verne, nous avons attendu tout l'hiver une bonne fenêtre météo pour établir un record ! Il te faut d'abord un Atlantique Nord pas trop agité, puis une phase où la bande de Pot au Noir est la plus étroite possible, et enfin une dépression au large du Brésil quand tu y arriveras. Pour être honnête, je pense que les chances sont presque nulles".
Les choses sont maintenant très différentes : Hier, l'horloge de sa traversée de l'océan Indien s'est arrêtée à 8 jours, 8 heures et 20 minutes au cap des Aiguilles. Cela correspond à une moyenne de 30,7 nœuds. Il est ainsi le skipper en solitaire le plus rapide à avoir réalisé cette traversée. Et Caudrelier devance désormais aussi largement le meilleur temps de François Gabart, qui a établi en 2017 le record du tour du monde le plus rapide en solitaire avec son "Macif". De la ligne de départ au cap, il lui a fallu une journée entière, soit 8 heures et 25 minutes de moins que Gabart.
Comme le règlement de l'Arkea Challenge permettait aux bateaux de prendre le départ selon les règles du WSSC, il remporterait alors non seulement la course en franchissant la ligne d'arrivée, mais établirait également un nouveau record reconnu. L'équipe Gitana est donc parfaitement dans les temps et Caudrelier fait honneur à sa réputation de favori de la course.
Pendant ce temps, en queue de peloton au Cap, où entre-temps les équipes se marchent presque sur les pieds, Anthony Marchand a repris la course avec son "Actual Ultim". Lors de son arrêt de 24 heures, l'équipe a complètement retiré le foil bâbord détruit par une collision et vérifié que le bateau n'était pas endommagé, puis le Français a repris la mer. En route vers l'océan Indien, il a croisé l'"Adagio" d'Éric Péron, qui est venu à sa rencontre et doit également s'arrêter en raison d'une barre de safran cassée.
Marchand n'a pas la tâche facile pour son nouveau départ : un anticyclone avec vent de face se trouve directement devant lui. Il doit le contourner de manière compliquée et va perdre beaucoup de temps, son retard s'élève à plus d'un océan entier, soit environ 5 500 milles nautiques. Bien sûr, il est maintenant encore nettement plus lent, surtout dans de bonnes conditions de foil, car "Actual Ultim" ne peut alors plus voler de manière stable.
Pendant ce temps, Armel Le Cléac'h et son "Banque Populaire XI" se rapprochent lentement mais sûrement du deuxième, Thomas Coville. Ce dernier peut certes à nouveau utiliser son deuxième foil après une réparation réussie, mais son poursuivant a déjà réduit la distance d'environ 1 700 milles au début à 700 à peine. Le Cléac'h semble bien décidé à prendre la deuxième place, mais l'écart avec le leader est encore énorme (2 700 milles). Pour accéder au tracker, cliquez ici.
On attend avec impatience de voir si la course va devenir un peu plus passionnante, car il semble actuellement que Charles Caudrelier pourrait se retrouver dans un anticyclone avec moins de vent dans le Pacifique. Peut-être que les deux poursuivants auront de la chance et pourront à nouveau réduire l'écart.

Rédacteur Voyage