En ce début de week-end, il y a eu un changement de leader en tête du peloton de la 12ème Route du Rhum. Va-t-il durer ? François Gabart ("SVR-Lazartigue") a dépassé le grand favori Charles Caudrelier sur "Maxi Edmond de Rothschild". L'avance était d'abord de moins d'un quart de mille nautique, mais samedi matin, elle atteignait déjà près de dix milles.
Le dominateur Imoca Charlie Dalin sur "Apivia" a lui aussi vu fondre pendant la nuit l'avance qu'il avait auparavant sur cette 12e Route du Rhum. Dans les vents plus légers, les concurrents Kevin Escoffier ("Holcim-PRB") et Jérémie Beyou ("Charal 2") se sont rapprochés du survolteur avec les restes de la brise de face et des vitesses de 15 à 17 nœuds tout de même. Dalin ne parvenait parfois qu'à moins de trois nœuds.
"Ce n'est pas facile, cette Transat. Il faut prendre les bonnes décisions, et ce n'est pas facile", a reconnu Dalin le matin du 12 novembre. "Depuis que le départ a été donné, ça s'est plutôt bien passé pour moi. Je suis satisfait de mon rythme et de ma trajectoire. Maintenant, tout le défi est d'atteindre les alizés".
Atteindre les alizés le plus rapidement possible est également dans la ligne de mire de Boris Herrmann, qui a considérablement gagné du terrain lors de sa troisième nuit en mer. Le skipper de "Malizia - Seaexplorer" est passé de la 17e place la veille à la 9e. Samedi matin, Herrmann et Sam Davies ("Initiatives Cœur"), qui naviguait derrière lui, avaient dépassé la skipper franco-allemande de "MACSF" Isabelle Joschka. Les choses s'améliorent pour le Hambourgeois qui participe à sa première course en solo avec sa nouvelle construction.
Dans une vidéo tournée à bord, Herrmann montre à quel point la vie est rude sous le pont, même pendant les courtes phases de récupération. Il a raconté à quel point il est difficile de se reposer à bord : "Ma mission est de dormir. Aujourd'hui, je n'ai tout simplement pas réussi à m'endormir. Je pense que c'est aussi dû à la tension et au stress. Ce n'est pas très normal pour moi". Pendant que Herrmann raconte, de violentes secousses traversent régulièrement le bateau. "Souhaitez-moi de dormir", dit Boris Herrmann qui, comme tous les skippers de la course, se bat encore pour retrouver le rythme de la course.
Jonas Gerckens est très affaibli et déçu. L'as belge de la classe 40 s'est vu contraint d'abandonner vendredi, déclarant : "Ma sécurité n'était plus garantie". Le contexte : quelques heures seulement après le départ, Gerckens a commencé à souffrir de symptômes semblables à ceux de la grippe. Ce sont surtout une toux constante, une perte de voix et une grande fatigue qui ont paralysé le skipper de "Volvo". Son état n'a cessé de se dégrader. La privation de sommeil des premiers jours n'a pas arrangé les choses.
Le Liégois de 42 ans, qui avait pris le départ avec un objectif de top 10 dans le peloton des 55 yachts de la Class 40, était bien entré dans la course. Mais lorsque son J/1 s'est déchiré vendredi après-midi et qu'il a dû l'enrouler pour sécuriser le bateau, son problème s'est manifesté : très atteint dans sa santé, il a dû s'y reprendre à plusieurs fois pour effectuer la manœuvre. "J'étais épuisé après, même si ce n'est pas exceptionnel. Je n'ai plus de ressources. Je suis à bout", a confié Gerckens à sa manager Delphine Simon.
Certes, la traversée de l'Atlantique aurait été possible sans le génois cassé, mais les chances d'un résultat de premier plan étaient perdues. Après un premier repos prolongé et le premier repas chaud depuis le départ, Gerckens a sombré dans un court sommeil. Seulement pour être aussitôt réveillé en sursaut par l'alarme d'un dysfonctionnement du pilote automatique. La mauvaise nouvelle après une brève analyse : Gerckens ne peut réparer le pilote automatique qu'en grimpant dans le mât. Mais il ne s'en sent pas capable.
L'épuisement, le J/1 déchiré et le pilote automatique en panne, c'en est trop pour le quatrième de la Transat Jacques Vabre 2021 qui décide le 11 novembre d'abandonner la course. "J'aurais pu aller au-delà de mes forces déclinantes, mais je ne me sens plus en sécurité", a déclaré Gerckens, qui fait escale dans le port de Lorient où il est attendu ce week-end.

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