La détermination des Néo-Zélandais dans la 34e America's Cup va de pair avec l'unité de millions de leurs compatriotes devant leur télévision nationale : dans la onzième course, les Kiwis n'ont laissé aucun doute mercredi sur leur volonté de ne laisser rien ni personne les arrêter sur le chemin de leur troisième victoire dans la Coupe de l'America. Le skipper et barreur Dean Barker a ouvert le duel d'égal à égal avec un départ souverain, faisant prendre un peu d'âge à son adversaire habituellement furieux et de sept ans son cadet Jimmy Spithill.
"Team New Zealand semble très fort", déclare Gary Jobson, commentateur TV américain et ex-marin de l'America's Cup, en rendant hommage à l'équipe de Barker. Les Kiwis profitent de leur avantage au départ, bloquent les défenseurs d'Oracle Team USA, ralentissent même leurs adversaires, puis filent vers la bouée 1, qu'ils franchissent avec trois secondes d'avance.
La course se déroule sous haute tension. Près du rivage et de la limite imaginaire du parcours, les Néo-Zélandais réalisent un empannage parfait peu après le départ, ce qui leur donne six secondes d'avance à la deuxième marque de virage. C'est encore un duel serré qui peut basculer à tout moment dans un sens ou dans l'autre.
L'équipe de James Spithill, le barreur d'Oracle, agit selon les règles de l'art, se positionne en tant que poursuivant après le passage de la deuxième marque et prend même brièvement l'avantage avec 60 mètres. Au vent, les deux géants de la Cup se livrent à un duel tournant et épuisant. Les grinders gémissent et soufflent. Presque simultanément, ils zigzaguent en direction de la troisième bouée. Mais rapidement, les Néo-Zélandais augmentent leur avance à bien plus de 100 mètres et se créent une position dominante. "Maintenant, ils ont le contrôle", constate sobrement le vice-président de l'Isaf Gary Jobson. Mais peu de temps après, l'avance commence à fondre. L'équipe américaine parvient à combler l'écart et navigue jusqu'à un nœud plus vite. Les fans américains reprennent espoir.
Cela reste un match captivant. Un que les commentateurs et les spectateurs n'ont encore jamais vu à ce niveau sur des catamarans. A la fin de la croix et d'un virage imparfait mais correct des Kiwis, un virage complètement raté des Américains donne le ton. Le géant noir et rouge américain sur deux patins perd alors énormément de vitesse, le compteur tombe à moins de dix nœuds. Cette manœuvre ratée est sanctionnée peu après par un retard de 17 secondes au tour de la marque trois.
L'"Aotearoa" des Kiwis file à toute allure devant le vent. Son équipage augmente son avance à plus de 300 mètres. "Très bien, les gars", entend-on Dean Barker dire dans le microphone en guise de motivation, "restez cool maintenant". Et ils le restent. Les Néo-Zélandais passent la quatrième bouée avec 18 secondes d'avance. Leur petit sprint final jusqu'à la ligne d'arrivée, devant des fans en délire, est finalement sans danger.
Après avoir franchi la ligne d'arrivée, Barker parle d'une "bataille monumentale". Et son jeune rival de 34 ans, Jimmy Spithill, de "gigantesques erreurs" : "Nous nous sommes massivement trompés de temps et de distance au départ". Le langage corporel et le ton sonnent comme l'aveu d'une défaite totale.
Les défenseurs n'auront pas l'occasion de se racheter mercredi. Les Kiwis doivent eux aussi remettre à plus tard leur prise finale sur le pot d'argent orné de fioritures. Mère Nature s'acharne et provoque à nouveau l'annulation de la course avec des vents frais, après l'échec total de mardi.
Le 34e duel de la Coupe de l'America se poursuivra jeudi avec les courses 12 et 13, alors que le score est de 8 à 1 en faveur d'Emirates Team New Zealand. Comme tous les soirs à partir de 22h15, heure française, il sera possible de suivre la course en direct sur Internet via www.americascup.com. L'écurie de Larry Ellison, si riche à tous points de vue, est au bord de la faillite : les Kiwis comptent huit points de match consécutifs ! Si Jimmy Spithill et son équipe Oracle Team USA veulent encore changer la donne, ils doivent dès maintenant gagner huit fois de suite.
Peu après le duel, le quotidien néo-zélandais "New Zealand Herald" annonçait avec assurance : "Nous avons maintenant l'envie et la charge de gagner une autre course. Une autre course. Une coupe. Une nation est à un pas de se détendre et de profiter de la possession renouvelée de l'America's Cup". L'idée de remporter la Coupe pour la troisième fois après 1995 et 2000 électrise le petit pays. Là-bas, à Down Under, on n'aime pas entendre Jimmy Spithill, aussi combatif que têtu, après cette huitième journée de course : "Ce n'est pas encore fini. Pas du tout fini". La réponse de l'auteur néo-zélandais, en guise de phrase de conclusion, est courte : "Il reste encore une course jusqu'à la fin".
Nous verrons dès jeudi qui a raison. Avec huit points de match d'affilée, les Kiwis ont les moyens de mener à bien leur "mission d'État", qui a coûté environ 60 millions d'euros, et de ramener la coupe à la maison. Les Américains doivent remporter huit victoires consécutives pour pouvoir conserver le trophée d'argent. Il n'y a pas que le calcul des probabilités qui parle en faveur de David dans le combat contre Goliath.

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