Préférer une crique isolée à un port de plaisance bondé, ou simplement jeter l'ancre au large de la plage pour profiter pleinement de l'ambiance du soir ? Jeter l'ancre offre bien plus qu'une simple possibilité de passer la nuit gratuitement. Ceux qui s'éloignent du flux des navetteurs du port font souvent de nouvelles découvertes. Cela peut se passer juste devant chez soi – ou plus précisément : à côté de son propre ponton. Un yacht amarré au large semble attirer comme par magie les autres plaisanciers, ce qui conduit souvent à une décision spontanée quant au lieu de mouillage : « Tu vois comme ils sont bien là-bas ? On pourrait essayer ça aussi. » Même sans yacht de référence ni guide de navigation, on peut découvrir de véritables joyaux : il suffit de jeter un œil attentif à la carte marine.
Pour que l'aventure du mouillage reste une expérience positive, il convient de respecter quelques principes.
La règle la plus importante est la suivante : on jette toujours l'ancre sous le vent de la côte, jamais au vent, ni lorsque le vent souffle parallèlement à la côte. Cela soulève la question suivante : le lieu d'amarrage potentiel est-il adapté à la direction du vent ? Il ne s'agit pas seulement des conditions actuelles, mais aussi de l'évolution météorologique prévue pour la période d'ancrage prévue. Il est donc indispensable de disposer d'une prévision météorologique à jour.
Il faut ensuite observer le tracé de la côte. Lorsque la direction du vent est stable, on peut en principe jeter l'ancre derrière n'importe quelle côte. Les criques offrent toutefois davantage de protection en cas de changement de direction du vent et sont plus accueillantes. Plus le vent et la houle sont forts, plus la forme de la crique et le tracé des isobathes revêtent de l'importance.
Si la côte ne comporte pas de baies, la direction du vent devrait être, dans la mesure du possible, orientée vers le large. L'expérience montre que, selon la force du vent, la mer commence à devenir agitée lorsque la brise s'écarte de plus de 30 degrés de cette direction, car les vagues commencent alors à déferler le long de la côte.
Il convient également de prêter attention aux conduites ou câbles sous-marins indiqués sur la carte marine. Il faut respecter une distance de sécurité de 300 mètres par rapport à ces ouvrages. Il en va de même pour les bouées de câbles ou les zones d’interdiction d’ancrage. Il va sans dire que les chenaux et les entrées de port ne constituent pas des lieux d’amarrage appropriés. Ceci est particulièrement important dans les zones de navigation étroites : les feux de guidage ou les feux de secteur ne doivent pas être masqués.
Dans les réserves naturelles, les parcs nationaux ou les réserves de biosphère, des règles de navigation parfois très restrictives s’appliquent, qui limitent fortement le mouillage ou interdisent au moins le débarquement en annexe. Des indications concernant ces règles figurent également sur la carte marine.
Une fois que l'on sait quelle côte offre le vent sous le vent, la profondeur de l'eau entre en jeu. Il s'agit de trouver un compromis adapté au tirant d'eau du yacht. Comme le système d'ancrage peut absorber une quantité d'énergie variable en fonction de la profondeur de l'eau, les conditions météorologiques jouent également un rôle. Cet aspect ne devient toutefois significatif qu'en cas de vent fort ou de forte houle ; c'est pourquoi nous nous limitons au tirant d'eau.
Pour la plupart des yachts, des profondeurs comprises entre trois et cinq mètres sont idéales. Des profondeurs plus importantes nécessitent davantage de chaîne ou de ligne. La distance entre la quille et le fond marin ne doit toutefois pas être inférieure à un mètre ; en effet, il faut qu’il reste suffisamment d’eau sous la quille même en cas de vagues ou de tangage. De plus, un changement soudain de direction du vent, provoqué par exemple par des courants thermiques se formant au-dessus de la terre ferme, ne doit pas entraîner l'échouage du bateau. Surtout par vent très faible, on ne peut guère exclure que le bateau dérive brièvement vers la terre et, par conséquent, vers les bas-fonds. Plus la profondeur requise est proche de la terre ferme, mieux l’endroit est protégé du vent. Une bande d’eau peu profonde très marquée nécessite une distance plus importante par rapport à la rive ; là, les conditions deviennent donc rapidement inconfortables en cas de vent frais.
Outre la profondeur absolue, la pente du fond constitue un critère de sélection ; plus le fond est plat, mieux c'est pour l'ancrage. Sur un fond en pente raide, l'ancre a du mal à prendre et risque de se décrocher facilement. Les lignes de profondeur ne doivent donc pas être trop rapprochées.
Si la profondeur de l'eau ne permet pas d'effectuer un cercle complet, une deuxième ancre larguée à l'arrière peut s'avérer utile. Comme elle se trouve dans des eaux plus profondes, il faut donc dérouler davantage de chaîne ou de ligne.
À propos du sol : tous les types de sol ne conviennent pas aussi bien les uns que les autres. Le sable est idéal : l’ancre prend généralement dès le premier essai et développe sa force de maintien maximale. Une végétation dense d’algues marines nécessite davantage d’attention. Sous la couche d’herbe marine se cache généralement du sable offrant une bonne tenue, mais toutes les ancres ne parviennent pas à s’y enfoncer. De plus, les herbiers marins constituent des habitats importants qui sont endommagés par l’ancre. Il convient donc de les éviter et d’essayer de fixer l’ancre sur une zone de sable dépourvue de végétation.
Les fonds vaseux, argileux ou caillouteux posent toujours des difficultés, car l’ancre prend mal et ne développe pas toute sa force de retenue. L’argile et la vase sont particulièrement traîtresses, car une fois que l’ancre a pris, elle semble tenir très bien. En cas de surcharge, cependant, l'ancrage se détache du sol en emportant un pan entier de terre. L'argile adhère généralement fortement à l'ancre et l'empêche de s'enfoncer à nouveau. C'est pourquoi, en cas de doute, il convient de poser une deuxième ancre sur les fonds argileux ou vaseux afin de répartir la charge.
Le type de fond présent sur le lieu d'amarrage potentiel figure généralement aussi sur la carte marine
Outre les aspects nautiques, l'expérience du mouillage est bien sûr également influencée par l'environnement. Cela inclut aussi bien les activités balnéaires d'un camping animé qu'une route côtière très fréquentée ou encore l'agriculture avec l'élevage intensif et les odeurs qui y sont associées.
Sur ces points, la carte marine n'est pas forcément d'une grande aide. Il est donc recommandé de repérer également le poste d'amarrage en question depuis les airs à l'aide de Google Earth ou de services similaires.
Il est très rare qu’une baie offre la protection souhaitée quelle que soit la direction du vent. C’est pourquoi il faut accorder davantage d’attention aux conditions météorologiques lors du mouillage qu’au port. Si la situation s’écarte soudainement et nettement des prévisions, il ne faut toutefois pas céder à la panique. Un gréement suffisamment dimensionné et bien rodé ne cédera pas immédiatement. Il ne faut toutefois pas non plus attendre trop longtemps en espérant que le changement de temps passe. Au plus tard lorsque l’on se retrouve dans une situation de « Legerwall », il est temps de quitter le mouillage.
Pour éviter que l'adrénaline ne monte, il est conseillé de passer en revue mentalement les manœuvres nécessaires pour quitter le mouillage. Par exemple, avant d'aller se coucher, posez-vous les questions suivantes : que faut-il faire pour que le bateau soit à nouveau prêt à prendre la mer ? Le guindeau est-il opérationnel ? Le canot est-il prêt à être remorqué ? Les voiles sont-elles arrimées de manière à résister aux intempéries ? Le pont et le cockpit sont-ils dégagés, ou y a-t-il encore des coussins qui traînent ? Qu'en est-il sous le pont ?
En règle générale, il suffit de quelques gestes pour mettre un peu d'ordre dans ce chaos bon enfant, de manière à ce qu'un départ d'urgence nocturne se déroule sans encombre. Le simple fait de savoir qu'on y est préparé suffit à rassurer le skipper et l'équipage.
Il est également conseillé de chercher une alternative dès la recherche du mouillage. Il peut s'agir soit d'une autre baie, soit d'un port à proximité. Il ne s'agit pas seulement de disposer d'un lieu de repli en cas de changement de direction du vent, mais aussi de parer à l'éventualité où la baie choisie ne s'avérerait finalement pas aussi adaptée qu'on le pensait.
S'aventurer en eaux inconnues comporte un certain risque. Même en suivant à la lettre les recommandations données dans cet article, on ne trouvera pas toujours le mouillage idéal. Mais il ne faut pas se laisser décourager pour autant. Même les skippers expérimentés ne sont pas à l'abri d'une houle soudaine venant de l'est ou de la houle provoquée par une ligne de navigation en réalité très éloignée, qui peut leur valoir des nuits agitées. Ou encore du fait que le fermier épande justement du lisier sur ses champs cet après-midi-là.
Mais passer la nuit amarré dans une marina bondée peut aussi s'avérer désagréable. En revanche, si l'on jette l'ancre, on évite d'emblée la file d'attente matinale aux sanitaires. Après tout, derrière l'échelle de bain se trouve une immense piscine extérieure. Rien que pour cela, cela vaut la peine d'étudier attentivement la carte marine.